La Coopérative Agricole

La Coopérative Agricole Communautaire est la pierre angulaire du programme global.

Elle est pensée pour regrouper des exploitations agricoles autonomes, donc économiquement viables, et alimenter, au propre comme au figuré, le système de solidarité communautaire (qui met en avant et en relation l’éducation, la santé et le développement économique local). La coopérative, enjeu stratégique pour l’autonomie, se composera à terme d’au moins dix exploitations auto-gérées, mais centralisées. Elle doit en effet approvisionner les cantines scolaires et deux autres secteurs d’activité en perspective (le tourisme et un centre d’études de l’environnement) par ses activités, et alimenter financièrement des caisses de solidarité (pour l’éducation, la santé et les urgences sociales) par ses revenus. Elle constitue aussi pour les jeunes malgaches un lieu tout indiqué de stage pédagogique et professionnel.

Pour l’heure, la « coop » comprend 3 exploitations :

ENGRAIS BIOLOGIQUE : LOMBRICOMPOST
Il consiste en un élevage de vers transformant du « pré-compost » (mélange d’excréments de zébu et de matières végétales) en engrais biologique de grande qualité. Il enrichit le sol et permet d’alterner deux cultures sans rajouter de fertilisant. Cette vertu en fait un produit très recherché sur le marché. En 2013, 30kg mensuels ont été produits avec 3 kg de vers. Depuis, pour augmenter la production, les vers sont élevés en triant quotidiennement leurs œufs à la main. Ce travail laborieux et minutieux effectué par le gérant a augmenté la masse de vers de 20% – 500 grammes -, soit 100€ en valeur de marché. En octobre 2013, deux donateurs ont permis d’acheter deux zébus pour la coopérative. Destinés au labour, ils suppriment également le budget mensuel d’achat d’excréments pour nourrir les vers.

Martial, jeune en contrat d’apprentissage, a reçu en 2014une formation à Tamatave autour de l’élevage des vers et de la production d’engrais biologique. Depuis, les productions ont augmenté et la qualité de l’engrais s’est encore améliorée. 300 kg ont été produits cette année, soit un taux de rentabilité de 10%.

CULTURE MARAÎCHERE
Jusqu’en 2014, aucune expérience agricole de culture maraîchère n’avait été concluante autour du village, et plus généralement dans cette zone. Une analyse du sol, conduite depuis à l’initiative de l’association, a démontré que ce type de culture y était toutefois envisageable, à condition de contrer l’acidité du terrain. Il reste néanmoins des obstacles non inhérents au type de culture, mais liés à l’insuffisance des compétences techniques, de l’arrosage, et de la production d’engrais. Depuis 2014, l’Entreprise ICS, spécialisée dans l’agriculture, soutien la coopérative. Grâce à cet apport financier, Benjason Jules, un malgache expérimenté en agriculture, a pu être recruté à mi-temps pour mettre en oeuvre ses compétences, mais également les transmettre à Henri (le gérant) et Daniel (l’apprenti). Les productions ont augmenté, et du vitiver a été planté, tant pour apporter une diversité dans la production que pour éviter les éboulements de terrains. La qualité de l’engrais biologique et le système d’arrosage, mis en place cette année, ont contribué à l’amélioration de l’exploitation, et le taux de rentabilité atteint désormais 9,4%.

AVICULTURE
Il s’agit d’un élevage traditionnel amélioré. L’aviculture a démarré avec 13 poules et 2 coqs. L’espace initialement occupé par la première exploitation n’étant plus approprié (manque de terrain et d’espaces verts, trop de proximité avec l’agriculture), celle-ci a déménagé en septembre 2013. L’élevage comptait plus de 80 volailles fin 2013. Les techniques de vaccination sont désormais acquises par le responsable. En avril 2014, beaucoup de volailles se sont montrées très agressives. L’état des bêtes est rapidement devenu inquiétant. Partant de l’hypothèse que le manque d’espaces verts en était la cause, l’équipe locale a donc construit un poulailler et un enclos pour isoler les volailles le temps de planter de l’herbe. En juin, le jeune gérant, face à cette désolation, avoue avoir introduit un coq de combat dans la basse cours. Ce nouvel élément décide alors les responsables à se débarrasser de toutes les bêtes présentant une attitude aggressive. Une vente a été effectuée dans le village à des prix très bas. Depuis, il semblerait que tout soit rentré dans l’ordre, et que les poulets se développent et cohabitent normalement. En janvier, 30 poulets ont été vendus à la cantine pour le repas de 150 enfants. Le travail commencé pour développer des espaces verts est toujours en cours. Le sable qui compose l’essentiel du sol cette zone est un véritable obstacle, car pour le moment tout l’engrais produit est destiné à l’agriculture.

ANALYSE ET PERSPECTIVES

Les nombreux obstacles dans la mise en place de ces 3 premières micro-entreprises forgent depuis 3 ans les expériences coopératives et des représentations empiriques. Dans une zone où la nature du sol n’est pas propice à l’agriculture, il a été démontré que l’investissement humain était exigeant et continu, appuyé par des connaissances techniques encore insuffisantes. Cette prise de conscience est déjà une avancée importante pour ce projet majeur qu’est la coopérative, et appuie notre démarche d’approche qui consiste à impliquer tous les acteurs dans l’analyse des situations, ainsi que dans les plans d’actions et de réajustements. Les productions sont, certes, insuffisantes – les taux de rentabilité le confirment -, mais l’équipe en place s’est approprié le projet et le montre en prenant diverses initiatives (gestion de l’aviculture, formation du gérant de l’engrais, plants de vitiver, prestations de l’agriculteur…). Les espaces sont progressivement dégagés pour l’expansion – actuellement en cours – des exploitations, mais aussi pour les futurs installations. Ces avancées ont été impulsées par le soutien de l’entreprise ICS qui a su apporter, en plus de son aide financière, un regard professionnel positif sur le travail entrepris. Par conséquent, le maintien des partenariats avec l’entreprise ICS et la ville d’Argenteuil, pour 2015, va permettre à la coopérative agricole d’accroître l’expertise et l’efficacité de son équipe, d’embaucher des journaliers et de poursuivre sa phase d’expansion. Les capitaux sont toutefois insuffisants pour lancer sereinement de nouvelles exploitations et accéder au rendement nécessaire de la coop, mais celle-ci se développe néanmoins, de petits peus en petits pas.